Prenons la parole !
- Emmanuelle CAILLON
- 7 déc. 2025
- 4 min de lecture

Commentaire sur l'article du Monde
Isabelle Cohen (Membre de la Faculté Libre) a recommandé la lecture d’un article du monde du 4 décembre 2025 intitulé :
« L’élimination de la psychanalyse n’a jamais amélioré le soin, mais elle a appauvri l’idée de ce qu’est un être humain »
TRIBUNE. Cynthia Fleury
Philosophe et psychanalyste
Roland Gori
Psychanalyste
Clotilde Leguil
Philosophe et psychanalyste du 4 décembre 2025 intitulé : monde du 4 décembre 2025
Je vous livre ma réflexion à partir de cet article :
L’amendement présenté au Sénat visant à dérembourser les actes se réclamant de la psychanalyse, depuis retiré, traduit la réactivation d’un vieux fantasme : celui d’un être humain sans inconscient, estiment les psychanalystes Cynthia Fleury, Roland Gori et Clotilde Leguil, dans une tribune au « Monde » du 4/12/2025.
Nous ne pouvons pas copié un article de presse,
mais nous vous proposons d’en reprendre les grandes idées :
Pour reprendre le contexte de cet article : il s’inscrit dans un mouvement de réactions autour de la proposition d’un amendement qui condamne « les soins, actes et prestations se réclamant de la psychanalyse ou reposant sur des fondements théoriques psychanalytiques » ?
L’amendement présenté au Sénat, le 21 novembre, a certes été retiré, mais il se pourrait bien qu’il ne soit que le premier coup présageant d’un acharnement à venir. Au nom d’une cohérence scientifique articulée aux dépenses de santé, cet amendement proposait d’inciter prioritairement « la diffusion des pratiques comportementales, éducatives et de réhabilitation psychosociale » pour mieux effacer de la carte l’apport psychanalytique fondé sur la parole.
Cet amendement a ému les Sociétés de Psychanalyse mais également tous les psychanalystes, psychiatres et psychologues qui basent leurs thérapies sur des fondements psychanalytiques.
Outre l’enjeu sous-jacent de dérembourser des pratiques qui aujourd’hui permettent la prise en charge de nombreux patients, n’est-ce pas aller à contre-courant de l’urgence de l’époque que d’invalider les pratiques de la parole fondée sur la théorie psychanalytique ?
En première ligne pourtant lors de cellules de crise après des événements terroristes dont nous avons honorer les morts du Bataclan le mois dernier, ou face aux enjeux des abus et du consentement dans la vie amoureuse et sexuelle, ceux des traumas de guerre, ceux des égarements dans la violence, ceux de la perte de sens d’un monde en manque de désir et encombré de pulsions.
En clair, il ne s’agit pas seulement de ne plus rembourser les soins basés sur la psychanalyse, notamment dans certains centres médicaux. On va plus loin : on considère désormais ces soins comme inefficaces et inadaptés, en les séparant clairement des autres types de psychothérapies. Cette séparation remet en cause la valeur des thérapies inspirées par la psychanalyse et risque d’exclure tous les professionnels qui s’y sont formés. Au final, cela menace aussi le réseau de soutien psychologique qui existe aujourd’hui.
À l’heure où la société contemporaine est traversée par un malaise inédit, se manifeste une forme de toxicité dans les relations intersubjectives. Les problématiques liées aux violations — concept que le philosophe Frédéric Worms définit comme englobant tant les violences que les agressions sexuelles dans leur dimension intime et politique, à l’emprise, ainsi qu’aux angoisses relatives à la sexualité, atteignent aujourd’hui une intensité difficilement négligeable. Par ailleurs, les modes de relation façonnés par les réseaux sociaux exacerbent l’anxiété de certains individus, pouvant conduire à des passages à l’acte. Dans ce contexte, remettre en question la légitimité des pratiques de la parole issues de la psychanalyse apparaît comme une démarche paradoxale, voire contraire à l’urgence de notre époque.
Il existe un besoin criant d’une clinique de la dignité, susceptible de répondre à cette nouvelle toxicité du monde, laquelle s’intensifie à mesure que le déchaînement pulsionnel se généralise et que la valeur accordée à la parole s’efface. L’approche psychanalytique, pourtant en prise avec les enjeux majeurs de notre temps : qu’il s’agisse des abus et du consentement dans la sphère intime, des traumatismes liés à la guerre, des dérives de la violence ou de la perte de sens dans un monde saturé de pulsions, se trouve aujourd’hui confrontée à une forme d’aversion institutionnelle : une aversion pour la parole, pour le sujet, et, en définitive, pour ce qui, en chacun, permet de résister à l’emprise.
L’exploration des troubles psychiques implique la reconnaissance de la non-transparence du sujet à lui-même, ce qui conduit à une interrogation sur les déterminismes auxquels il est soumis et sur la possibilité de s’en affranchir afin de renouer avec son propre désir. La psychanalyse postule que le sujet ne saurait être réduit à ses seuls comportements observables : il est porteur d’une histoire singulière, de contenus refoulés, de failles et d’un désir qui le traverse. Dans ce contexte, la disqualification contemporaine de la psychanalyse, sous prétexte d’une orthodoxie scientifique, réactive l’utopie d’un individu totalement transparent, dépourvu d’opacité et d’inconscient, gouverné exclusivement par des données objectives. Or, l’histoire démontre que l’exclusion de la psychanalyse n’a jamais contribué à une amélioration des pratiques de soin ; elle a, au contraire, appauvri la conception de l’humain et renforcé l’emprise des institutions et des normes sur l’individu.
La réaction suscitée par l’amendement, au sein du champ de la santé mentale, témoigne d’une forme de violence bureaucratique qui place les professionnels sous tutelle. Les recommandations émanant de la Haute Autorité de santé tendent à se muer en obligations, confisquant ainsi la responsabilité des praticiens au profit de la bureaucratie et de l’idéologie. Ce contexte invite à une réflexion sur les discours qui cherchent à exercer une emprise sur les corps en occultant la dimension subjective. Il apparaît que le retrait de cet amendement ne procède pas d’une reconnaissance de la légitimité de la psychanalyse, mais d’une impossibilité pratique à appliquer les préconisations proposées. Ce glissement normatif évoque le modèle du « meilleur des mondes » décrit par Aldous Huxley, où la tristesse face à la mort, le drame de l’amour et la transmission par la parole sont évacués au profit d’une adaptation forcée à l’environnement.
Il convient de rappeler que ce qui rend le monde vivable n’est pas l’ajustement contraint à ses aspects les plus difficiles, mais la possibilité d’accorder une place au sujet et de lui offrir un espace d’expression. Ce sujet, souvent en proie à l’égarement, peut se retrouver grâce à la parole et au désir de l’autre. Il lui faudra néanmoins persister dans une civilisation qui tend à nier son existence.









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