Echo#2
- Emmanuelle CAILLON
- 14 déc. 2025
- 4 min de lecture

Réflexion sur la santé mentale et la psychanalyse
Réflexion sur la santé mentale et la psychanalyse
Analyse critique à partir de 3 articles du monde.
La santé mentale est aujourd’hui un enjeu sociétal majeur, au cœur des préoccupations individuelles et collectives. La psychanalyse, quant à elle, continue de susciter débats et interrogations dans le champ des pratiques thérapeutiques. À travers cette réflexion, je souhaite confronter les apports de trois articles récemment lus, afin de mettre en lumière les points de convergence de la compréhension actuel de la santé mentale et l’approche psychanalytique.
LA SANTÉ MENTALE ET LA PRISE EN COMPTE DU TRANSFERT : UNE QUESTION QUI EST AU CENTRE DES ENJEUX DE NOS ACTUALITES
Les articles soulignent que la santé mentale ne se limite plus à l’absence de troubles psychiatriques, mais recouvre un état de bien-être global, incluant l’équilibre émotionnel, la capacité d’adaptation et la qualité des relations sociales. Cette approche holistique implique une prise en compte du contexte de vie, du stress, des facteurs sociaux et économiques, et de la singularité de chaque individu, et des défis que nous propose notre actualité. Ainsi, la santé mentale apparaît comme un processus dynamique, influencé par de multiples variables, loin d’une vision strictement médicale ou normative.
Tant la santé mentale contemporaine que la psychanalyse reconnaissent l’importance de l’individu, de son histoire et de ses ressources propres. La psychanalyse mise sur le temps long, l’élaboration subjective et le travail de symbolisation.
La nécessité d’adapter les pratiques aux besoins des patients et au contexte social actuel apparaît comme un défi commun.
La réflexion autour de la santé mentale et de la psychanalyse invite à dépasser les oppositions simplistes pour envisager une approche intégrative, respectueuse de la complexité humaine. Les trois articles lus montrent que chaque perspective apporte des éclairages différents, mais complémentaires, sur la souffrance psychique et ses modalités de prise en charge. Il appartient aux professionnels et aux individus de construire, ensemble, des parcours de soin adaptés, ouverts à la pluralité des approches, mais aussi doivent être prise en compte dans la formation des professionnels de santé et les décisions politiques.
Intégrer le facteur psychologique dans les décisions politiques : une nécessité révélée par la crise sanitaire animale
Alors que la santé mentale s’impose comme un enjeu central de notre société, il devient impératif d’interroger la place accordée aux dimensions transférentielles dans les décisions politiques, en particulier lors de crises sanitaires. Malgré une prise de conscience de son importance et la décision de porter la « santé mentale » en grande cause nationale cette année et reconduit pour 2026, les actions d’état ne semblent pas en dimensionner les interactions concrètes dans la vie des français en dehors des lieux de soins.
Les deux articles récemment parus dans Le Monde, relatant la crise de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins, illustrent avec force combien l’absence de prise en compte des impacts psychologiques sur les professionnels, les familles et l’ensemble du tissu rural, peut engendrer des conséquences profondes, bien au-delà des seuls enjeux sanitaires ou économiques, mais aussi un article parlant de la difficulté de la relation transférentielle et contre-transférentielle des vétérinaires qui sont aux prises avec des réactions davantage influencés par l’anthropomorphisme que de la décision rationnelle.
Le témoignage poignant d’Alice Courouble, éleveuse dans l’Ain, met en lumière la détresse psychique induite par des mesures administratives strictes, vécues comme inadaptées à la réalité du terrain. Face à une réglementation rigide, elle fait le choix de prioriser le bien-être de ses animaux et de sa communauté, assumant d’enfreindre la loi pour préserver ce qui, à ses yeux, relève du bon sens et du vivant. Cette décision, loin d’être purement rationnelle, est le fruit d’un arbitrage complexe où le stress, la peur de perdre son troupeau, la pression sociale et l’épuisement émotionnel jouent un rôle déterminant.
De façon plus large, les mobilisations d’éleveurs dans toute la France contre l’abattage systématique des troupeaux témoignent d’un véritable choc psychologique collectif.
« On n’a pas peur de la maladie, on a peur des abattages de bêtes », confie une manifestante à Albi. La peur de voir disparaître le fruit de plusieurs années de travail, le sentiment d’injustice face à des décisions prises « d’en haut », l’impuissance devant la succession d’obstacles administratifs, tout cela alimente l’anxiété et la colère. La détresse peut aller jusqu’au drame, comme en témoigne la tragédie survenue dans le Gers, rappelant que la souffrance psychique des agriculteurs n’est pas un fait divers, mais un révélateur de la violence symbolique des politiques publiques lorsqu’elles négligent la dimension humaine.
Le troisième article, consacré à l’évolution de la relation entre propriétaires d’animaux et vétérinaires, montre combien cette pression psychologique s’étend aux soignants eux-mêmes. Les vétérinaires, confrontés à des attentes toujours plus fortes, à la fois techniques et émotionnelles, se retrouvent au cœur d’une double injonction : répondre à l’exigence de soins de qualité tout en gérant le transfert affectif des « pet parents » sur leurs animaux. Cette surcharge émotionnelle, souvent ignorée par les décideurs, se traduit par un taux de suicide préoccupant dans la profession, quatre fois supérieur à la moyenne nationale.
Face à ces constats, il devient évident que toute politique publique, en particulier dans le domaine sanitaire, doit intégrer une approche globale incluant les facteurs psychologiques. Adapter la réglementation, favoriser le dialogue avec les professionnels de terrain, prévoir un accompagnement psychologique adapté lors de situations de crise, sont autant de leviers pour restaurer la confiance et prévenir l’épuisement moral. La santé mentale n’est pas une variable d’ajustement, mais une condition sine qua non du succès des politiques publiques et du maintien du lien social.
En conclusion, la crise de la DNC révèle avec acuité la nécessité de repenser les décisions politiques à la lumière des réalités psychologiques vécues par les citoyens. Prendre en compte la souffrance psychique, c’est non seulement faire preuve d’humanité, mais aussi garantir l’efficacité et la légitimité de l’action publique. Ce défi appelle à une véritable révolution culturelle dans la manière dont nous concevons la santé – humaine, animale et sociale – et dans la reconnaissance de la complexité des situations de crise.








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